Vous allez découvrir, au travers de cet article, le parcours d’un homme qui a aujourd’hui réussi à rebondir en beauté, suite à une décision spontanée prise dans un train… et aussi grâce à une vie de labeurs, de courage et des valeurs fortes.

« Quand un papillon bat des ailes en Amérique du Sud, cela affecte les courants du vent au Pôle Nord. » Vous connaissez sans doute cette expression qui résume une métaphore liée à la théorie de l’effet papillon. Telle fut ma réflexion après avoir entendu l’histoire incroyable de Maricel, désormais ex-participant du PLIE.

M. Pascanu, depuis quelques semaines, travaille comme technicien de maintenance dans une fabrique de pain de la région Toulousaine. Il a intégré la société Le pétrin de Papé, une boulangerie industrielle au service des professionnels du secteur (restauration d’entreprise, collectivités, hôtellerie restauration, grande distribution, terminaux de cuisson, sandwicherie, etc…), pour une mission de 3 mois en intérim, qui va automatiquement déboucher sur emploi en CDI.

Le temps du travailleur mobile

Dans son pays d’origine, le jeune Maricel, baccalauréat en poche, suis une formation financée par son employeur Arcelor Mittal. Il apprend son métier. Il est en CDI. Malheureusement, cet emploi n’est pas très bien payé et l’essentiel de sa famille n’est plus en Roumanie. Alors, pourquoi lui aussi ne tenterait-il pas sa chance ailleurs ? Toujours en contrat avec cette entreprise, il se rend aux Pays-Bas, à Rotterdam, pour une mission de 2 ans. Au bout de ce laps de temps, il n’est plus lié à Arcelor et décide de partir en Italie, où vivent son frère et sa sœur, bien établis avec leurs familles.

Toujours en action, jamais impressionné et roi de la débrouille, il trouve rapidement une entreprise qui l’embauche… en Allemagne ! Direction Hambourg pour un poste de technicien en maintenance de lignes de production de robots et machines de soudure. C’est bien payé, mais Maricel est toujours sur les routes, a peu de repos, c’est dur. Il tiendra quand-même 6 ans avant d’en finir avec cette expérience. N’ayant jamais coupé avec le giron familial en Italie, il continue d’y faire sa veille, d’alimenter son réseau, fait un maximum d’aller-retour et reste en contact avec des agences d’intérim.

De fait, lors de son retour à Padoue, il n’a aucune difficulté à retrouver du travail. Cette période va durer 5 années, de 2010 à 2015. Il n’y avait aucune raison objective pour que cela s’arrête. À cette époque en Italie, le chômage est à la hausse, comme un peu partout en Europe et le 1er ministre Matteo Renzi décide de réformer le marché du travail avec le fameux « Job Act » : en plus de limiter l’indexation des salaires sur les prix, ce texte introduisit le premier contrat atypique, à durée déterminée et destiné aux jeunes. Les Italiens découvrent alors le « contrat de formation et de travail ». Une forme de travail subventionné qui pénalise de fait les travailleurs tels que Maricel, rapidement remplacés par des étudiants, devenus plus rentables et encore plus flexibles.

Bon, vous l’avez déjà compris, ce n’est pas une réformette qui peut arrêter notre ami !

Le quai des possibles

On retrouve Maricel en Angleterre, ayant suivi les signaux encourageants de son réseau à propos d’opportunités. Du travail, le Royaume-Uni en offre sans trop de difficulté. Seulement, il y découvre des problèmes administratifs qui l’empêchent de rester. Maricel n’est pas contrariant. Quelques coups de fil et direction l’Espagne, pour y rejoindre des copains qui l’aideront à trouver un emploi sur place. Mauvaise info. C’est l’impasse. Il choisi de rentrer en Italie.

Nous sommes le 16 août 2016, dans un des trains qui le remmènent au bercail. Il y en a pour un long moment, alors autant faire la causette avec ses voisins passagers. Vous connaissez peut-être : un petit rien, un sourire amical et on se découvre un peu, on se raconte des morceaux d’histoires, des anecdotes. Maricel, lui, il a brisé la glace avec un monsieur en costume, un homme de bureau, vivant à Bordeaux. Celui-ci lui explique qu’à Toulouse, il y a l’avionneur Européen Airbus et qu’il y a du boulot dans l’aéronautique ! Il ne faut pas dire des choses comme ça à Maricel. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, il passe quelques appels et finit par dégotter les coordonnées d’une personne qui pourra l’héberger dans la ville Rose. La base. Le truc devient possible. On est toujours dans le train qui va passer par la gare Matabiau. Celui-ci repartira après l’avoir laissé sur le quai. Il est comme ça Maricel. C’est lui qui décide.

Le problème avec les conseils de copains des copains, c’est que ce n’est pas toujours fiable. Notre néo-Toulousain se retrouve dans une situation compliquée et peu agréable chez son nouvel hébergeur, du genre Thénardier, aubergiste sans scrupules…

Maricel ne connait ni la ville, ni personne à Toulouse, mais ce n’est pas Cosette non plus. Il s’achète une tente et s’établit au bord du canal du Midi, entre Rangueil et Ramonville. C’est une première et ça durera 3 mois. Il découvre rapidement l’opportunité de se rendre à l’Espace social du Grand-Ramier, un lieu d’accueil des personnes en grandes difficultés mis en place par la mairie, qui propose un restaurant social et un point d’eau, et permet de répondre aux besoins essentiels des personnes. Maricel ne boit pas et ne s’est jamais drogué, ce qui lui évite de s’accrocher à la misère. Fort de son mental d’acier, il se rend à Pôle Emploi pour y exposer sa situation, pour trouver des solutions et c’est à Patrick qu’il a à faire. Après avoir écouté son histoire, celui-ci lui répond que « quelqu’un va l’appeler dans la journée ». Ce quelqu’un, c’est Sophie, Référent au PLIE. Ce n’est pas de la chance, c’est autre chose…

Mécanique de la résilience

L’accompagnement du PLIE démarre début octobre 2016, suite à la signature de son contrat d’engagement. Objectif : sortir de cette galère et s’appuyer sur les forces de ce nouveau participant. Pour cela, Sophie, son référent, va pouvoir s’appuyer sur sa résilience et sa force de caractère pour obtenir des résultats tels que le permet le dispositif. Malgré une vie difficile et les épreuves imaginables, Maricel est toujours parvenu à se remettre des choses, à rester optimiste et confiant, quand d’autres s’enfoncent dans la tristesse et la dépression lorsqu’ils sont confrontés à des événements négatifs. Nous ne sommes pas tous égaux. Cette capacité à rebondir dans la vie est appelée la résilience. Elle s’apprend. On l’expérimente.

Maricel est un Technicien en maintenance aguerri. Sa première action engagée au sein du PLIE a été d’intégrer une formation pour apprendre le français et le langage technique lié à son métier, dans un but d’insertion professionnelle rapide. Notre néo-participant, ayant beaucoup voyagé, parle déjà cinq langues et il a une technique bien à lui pour progresser : il écoute les enfants parler en situation courante. C’est direct, basique et essentiel. Autre atout, il a grandi avec l’essentiel des programmes télévisés en version originale sous-titré.

Résultat des courses, il a rapidement fini dans le groupe avancé de cette formation dispensée par l’AFPA, ce qui lui permet d’enchainer sur des mises en situation et sur l’apprentissage des techniques de recherche d’emploi : comment faire son CV, se préparer aux entretiens d’embauche, effectuer ses premiers stages, écrire des compte-rendus… C’est encore difficile à l’écrit, mais il s’accroche pour y arriver.

Sophie continue d’assurer un suivi transversal et la mise en œuvre du parcours emploi compétences, qui repose sur le triptyque emploi-formation-accompagnement. Maricel apprend, mais continue aussi de travailler pendant sa formation, grâce à des missions d’intérim, lui permettant ainsi de développer des compétences transférables.

Au moment de réfléchir à la définition du projet professionnel qui pourra déboucher sur un emploi durable, Maricel valide sa volonté de continuer à travailler en tant que mécanicien en maintenance industrielle, mais il est en difficulté sur toute la partie électronique, nécessaire pour espérer une embauche dans ce domaine. Ses expériences réalisées durant la formation l’ont vérifié. Sa formatrice AFPA lui propose alors d’intégrer une formation de Technicien Supérieur de maintenance, ce qui permettrait de corriger ces lacunes et en complément d’obtenir une validation des acquis reconnus en France. Problème : outre le fait d’être très peu enthousiaste pour apprendre la physique théorique à 42 ans, se pose la question de comment s’en sortir, malgré un financement accepté du Conseil Régional à hauteur de 400€ par mois.

Durant son parcours au sein du PLIE – et sans rentrer dans les détails pour respecter sa vie privée – Maricel a rencontré l’amour. Celui qui peut changer une vie. Rapidement, le jeune couple affiche de la solidarité, celle qui se dépense en petite monnaie journalière et qu’on ne compte pas. Cette situation nouvelle confère ainsi à ce projet de formation un tout autre statut : Maricel va intégrer ce cursus qu’il ne pensait pas pouvoir suivre, et obtenir haut la main son certificat de Technicien Supérieur de maintenance, titre reconnu du ministère de l’emploi. Le bout du tunnel !

« J’ai trouvé mon endroit »

Quand une personne qui a autant voyagé vous explique qu’elle a trouvé son chez soi, en général, on peut lui faire confiance.

Maricel est heureux. Depuis quelques mois, il est avec la femme de sa vie. Ils vont se pacser, déménager ensemble avec Doudou, leur chienne adoptée et ils ont de beaux projets. Aujourd’hui, il est en couple, il a un emploi, un salaire et un logement. C’est du solide.

C’est désormais au tour de Clémentine, sa compagne, de bientôt partir en formation pour faire aboutir son projet dans le domaine de la communication sensible. Elle a tout son soutien. Chacun son tour.

Un simple battement d’ailes d’un papillon peut déclencher une tornade à l’autre bout du monde. Ce n’est pas de la chance, c’est autre chose…

Shares
Share This