Une participante du PLIE a récemment franchi le pas de la création d’entreprise. En acceptant de nous raconter son parcours, elle nous offre une occasion de se rappeler que même lorsque la vie manque cruellement d’instants de rêve parce que tout parait difficile, il est en définitive possible de s’en offrir et d’en être fier.e.

Le dispositif du PLIE affiche de jolis taux de sorties positives pour les participants ayant bénéficié de son accompagnement. 73% trouvent directement un emploi (Du CDD au CDI en passant par le contrat aidé), 25% démarrent une formation qualifiante qui les y emmènera et seulement 2% créent leur entreprise. Un Français sur 4 dit avoir envie de créer un jour son entreprise. C’est beaucoup, mais combien passent à l’acte ? Peu. Ça fait peur. C’est complexe. Il n’y a pas de garantie.

Le Comptoir des Demoiselles

Nadia vient d’ouvrir son Institut de beauté en septembre 2018 : le Comptoir des Demoiselles, situé au 62-64 allées des Demoiselles à Toulouse. Un lieu tout à fait charmant et respirant le bon goût. On se sent à l’aise dès qu’on a franchi le pas de porte. Elle nous fait visiter le lieu, les cabines de soins et nous explique fièrement que c’est elle qui a tout designé, à son image. Son sourire est resplendissant et en dit long sur ce qu’elle vit actuellement.

Cette aventure est au commencement une reprise d’entreprise. Nadia a racheté le fond de commerce de cet établissement pour y faire son nid et créer un tout nouvel espace de détente, de relaxation et de beauté. Elle accueille ses client.es du lundi au vendredi dans une ambiance chaleureuse, tout proche du jardin des plantes. Le local est très bien situé et facile d’accès, même en transports en commun. C’est stratégique pour le petit commerce.

Un chemin prématurément semé d’embuches

Durant l’interview, Nadia nous appends qu’elle est née prématurée, à l’âge de 6 mois. Trop tôt. Bien trop tôt. On disserte alors sur l’éventualité que son instinct de survie pouvait venir de là. Parce qu’elle en a vraiment chié…

Issue d’une famille d’ouvriers, c’est une (trop) jeune maman mariée lorsqu’elle se lance sur le marché du travail. Son rêve, à même pas 20 ans, est de devenir maquilleuse pour plateaux TV. Elle entre alors dans une école de maquillage pour y arriver. Et elle y arrive. Mention bien. Le statut de pigiste en poche, elle réussi à travailler pour une chaine de télévision. La jeune femme ressent quelque chose de passionnant. Mais la réalité est parfois amère : pour des raisons économiques, la chaine décide de se séparer de ses pigistes, bien trop chers (…) et fait appel à un prestataire qui fourni la main d’oeuvre.

Nadia est jeune, rien de grave. Elle se retrouve dans sa première situation de recherche d’emploi et rebondi aussitôt en Institut de beauté, en Haute-Seine. Tout se passe bien, on lui dit qu’elle fait du bon boulot et la promesse d’un CDI la motive. On peut même dire que cette perspective l’arrange bien car sa situation conjugale est plus que houleuse. Mais sa patronne apprends qu’elle est atteinte d’un cancer. C’est sérieux et la maladie l’oblige à stopper son activité. Elle vends son affaire pour se soigner. Adieu le CDI.

Nadia a 23 ans, en situation de divorce. Elle doit se trouver un nouveau logement et élève désormais seule son enfant. Une petite fille. Elle pousse pour la première fois de sa vie les portes de l’ANPE. On est en 1992. Elle n’a pas le permis de conduire et donc pas de véhicule personnel. Elle n’a d’autres choix que de trouver un emploi de proximité.

À défaut d’institut de beauté, elle repère l’annonce d’une parapharmacie juste en bas de chez elle, dans une galerie marchande. Il lui faut ce job. Coûte que coûte. Elle va même jusqu’à retirer du tableau des annonces l’offre d’emploi épinglée sur le mur de son agence ANPE. Pardon ??? Et oui, pour les plus jeunes d’entre vous, sachez qu’à cette époque là, l’internet commercial venait juste de naitre et Windows n’existait même pas ! Imaginez que le tout premier site internet de l’histoire n’allait arriver que l’année suivante… Bref, Nadia s’est bien débrouillée car non contente d’avoir éliminé un peu de concurrence, elle obtient le poste, pour une aventure salariale de 8 ans. Parenthèse.

De l’orage dans l’air

Nadia déménage à Toulouse par amour pour son conjoint mais ça ne dure pas. Dans une ville qu’elle n’a même pas encore eu le temps de connaitre, elle et sa fille passent d’un bel appartement de 75m2 à un studio de 30m2. C’est reparti… Isolée de toute famille, sans grandes relations sociales, elle se met frénétiquement à la recherche d’un emploi. Aucune porte ne s’ouvre. Elle sent que cette fois, les petites feintes et sa motivation pour trouver un poste ne suffiront pas. Nadia prend en pleine face la différence de conjoncture qui peut exister entre ce qu’offre la région Parisienne et la province. Moins d’opportunité, plus de sélectivité. Elle fait quand même quelques petits boulots en parapharmacie, mais la période est très très difficile. Elle profite de l’occasion, si on peut le dire ainsi, pour faire une VAE (Validation des Acquis de l’Expérience) à l’AFPA, afin de valider le niveau nécessaire pour intégrer un bac professionnel. Elle est acceptée dans une école en alternance et tout en cherchant une entreprise, elle devient ambitieuse.
Comme Nadia ne rate jamais une occasion de faire une bonne première impression, elle arrive à convaincre une société de l’embaucher en tant que Déléguée pharmaceutique. Le commerce, elle dit avoir ça en elle. Malheureusement, elle s’éloigne de l’objet de sa formation et ça devient très difficile, d’autant plus que par manque de résultats dans son nouveau métier, elle perd pied sur les deux tableaux. Elle doit quitter la formation et l’entreprise, c’est un échec total. Elle reconnait avoir fait une erreur. Elle se prend le mur. Encore. Commerciale, on oublie…

Au bord du précipice

Nadia doit à nouveau très vite trouver un emploi. Elle passe de nombreux entretiens pour des postes en institut de beauté, mais elle dit être victime de discrimination fondée sur l’âge. Elle s’appuie sur son caractère accrocheur pour ne pas s’écrouler. C’est tout de même la panique lorsque le passé refait surface : un sujet sensible à propos de son ex-mari. Une succession de dépenses entrainant la solidarité. Le piège.

Cette pression supplémentaire est une bonne raison de se bouger. Elle élargie sa recherche d’emploi aux hôtels de luxe, elle démarche les Spa. Rien n’abouti. Ses quelques connaissances personnelles la soutiennent et elle fini par trouver une bonne opportunité dans un Institut de coiffure réputé, situé dans les quartiers chics de Toulouse. Elle y travaille comme prothésiste ongulaire. Les clientes sont très généreuses en pourboire. L’aventure dure 3 ans, ce qui lui laisse juste le temps de rembourser les dettes du passé et même à mettre un peu d’argent de côté. Elle s’est encore sorti d’une impasse. Toute seule.

La chute

Nadia pense que le plus dur est passé. Sa vie jusqu’alors ne l’a pas épargnée. Et au milieu de ses difficultés, n’oublions pas qu’elle élève seule sa fille. Elle la qualifie aujourd’hui de survivante, elle nous dit qu’elle est devenue une jeune femme courage et brave. Elle a vu sa maman passer par tous les états…

Le désir renait et Nadia fait à nouveau des projets. Elle décroche une formation de Practicienne Spa en alternance et trouve une entreprise. Là encore, tout se passe bien… au début. Elle obtient son diplôme et là encore se voit promettre un CDI. Le contrat en alternance est terminé et elle continue donc à travailler, cette fois en tant que salariée à plein temps. Elle reçoit normalement ses émoluments. Le petit hic est que sa patronne tarde à lui faire signer son nouveau contrat. Cela dure plusieurs mois. Et la relation entre les deux femmes se dégrade petit à petit. Cela commence par des remarques déplacées devant les clients jusqu’à des humiliations permanentes. Au début, Nadia s’accroche car elle aime son job, elle espère juste signer ce fameux CDI et tant pis pour le reste.. Mais la situation devient insupportable et elle fini par craquer. Elle comprend définitivement que ce CDI n’est qu’une illusion. Juste le temps de porter l’affaire aux Prud’Hommes et elle sombre. Cette fois, c’est la grosse dépression. Petit à petit, elle perd l’intérêt de ses seuls amis. Ils ne se rendent pas compte qu’elle se fait moins présente car elle n’a plus les moyens ni le goût de suivre. Terrible.

Une histoire d’étincelle et de fil conducteur

À ce stade de la vie, Nadia a déjà mis beaucoup d’intensité à se battre. Elle est dépitée, fatiguée. Comment ne pas l’être ? Elle est en train de perdre pied, de se désocialiser. Et malgré ça, son instinct de survie lui donne encore la force d’essayer. C’est mécanique chez elle. Elle a repéré une association, dans son quartier, qui accueille tous ceux qui ont besoin ponctuellement ou de manière plus durable d’un coup de main, qui se sentent isolés, qui recherchent de la convivialité et un soutien. Cette association s’appelle AVENIR, Nouvelle maison des chômeurs. Et pourquoi pas ? Nadia a besoin d’aide.

C’est Rosa, Conseillère de cette association et référente PLIE, qui la prend en charge. Elle écoute son histoire et découvre une jeune femme pleine de ressources mais qui a perdu la flamme : « Quand elle est arrivée, elle était l’ombre d’elle-même. Pourtant son parcours montrait tellement de force ». Nadia signe son contrat d’engagement avec le PLIE. La prise en charge débute par une reconstruction psychologique. En parallèle, AVENIR propose à ses participants des sorties culturelles. Cinéma, théâtre, sorties culturelles… Ça fait du bien. Nadia, petit à petit, a l’impression « d’être de retour en société ». Rosa l’encourage a reprendre des démarches vers l’emploi, mais ça se voit qu’elle ne va pas bien. Nadia en a assez, c’est dur de remonter sur le ring. Rosa croit fortement en elle et cherche à provoquer la petite étincelle qui ravivera toute sa personne.

Et c’est une situation tout à fait inattendue qui a déclenché la suite des événements : une série d’entretiens d’embauche dans un Institut de beauté laisse espérer un retour à l’emploi. Sauf qu’au quatrième rendez-vous, la gérante lâche le morceau : elle propose à Nadia de sous-louer une partie de son local et de se déclarer à son compte. Souvenir, souvenir… Merci. Bonsoir.

Si je ne trouve pas de travail, je vais finir par créer mon emploi

C’est précisément à cet instant que Nadia se dit : « Si je ne trouve pas de travail, je vais finir par créer mon emploi ». L’idée suit son chemin et devient séduisante, y compris pour AVENIR. Dans le cadre du PLIE, l’association l’accompagne, avec d’autres structures partenaires et spécialisées dans ce domaine, dans son parcours de création. Au départ, on parle de faire du service à domicile, mais après approfondissement de l’étude de marché, on réalise que d’ouvrir un Institut de beauté est plus pertinent. Donc acte.

Très rapidement, Nadia cherche un local à céder et en février 2018, elle visite le Comptoir des Demoiselles. C’est le coup de foudre. Le courant passe avec la gérante qui cherche à vendre son affaire et les discussions commencent.

Constante dans les galères en tout genre jusqu’ici, Nadia ne pensait pas que son corps aussi pouvait la trahir. Au moment même où elle entrevoit la sortie, un examen médical dévoile une tumeur. Boum ! Cancer du sein. Le coup est rude. Fidèle à son caractère, elle prend sur elle. Nadia n’en parle à personne. Pas même à sa fille. Elle se referme à nouveau et ne donne plus signe de vie à Rosa. Celle-ci, naturellement, s’inquiète et cherche le contact. En catimini, une opération est rapidement programmée et se déroule normalement. Après un délai utile, le médecin apporte la bonne nouvelle : disparition complète de la tumeur. Pas de traitements en vue. Victoire ! Celle-là, elle fait du bien. Nadia relativise et se dit qu’elle a seulement un avenir. Un seul. Il sera fait de ses rêves. Elle reprends contact avec Rosa (…).

Au printemps, Nadia convainc une banque de lui accorder un crédit pour racheter le fond de commerce du Comptoir des Demoiselles. Elle récupère les clés. Durant tout l’été, elle travaille d’arrache-pied pour transformer le local à son image et donne rendez-vous à ses invités pour une inauguration, le 20 septembre 2018. Cette fois, ça y est, c’est parti ! Quel parcours….

La boxeuse amoureuse

Pendant cette interview, en écoutant Nadia, j’imaginais déjà vous parler de boxe. Tomber. Se relever. Combat de femme. Ça me rappelle une merveilleuse chanson d’Arthur H qui rend hommage aux femmes qui se battent tous les jours dans la dignité. Nadia aussi elle est forte, même si elle n’y croit pas toujours.

Une chose est sûre, c’est que dans cette nouvelle aventure, elle va apprendre à esquiver les coups plutôt que les encaisser pour ensuite se relever. Nadia est et restera désormais une entrepreneuse. Son dépassement de soi et sa combativité, des valeurs issues de son histoire personnelle, vont lui donner l’intensité nécessaire pour relever ce défi qui se présente à elle. Et nous on y croit. Nadia nous a expliqué que pour elle, le regard des autres était important. Nous on lui dit que son histoire est une source d’inspiration.

Le Comptoir des Demoiselles

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